cette année-là, la première neige tomba à la fin du mois d'octobre. tous ensemble dans la nuit, sous le faisceau d'un lampadaire isolé, comme s'ils l'avaient attendue, la neige les touchait les premiers. & dans ce faisceau de lumière, avec tout ce qu'il fallait de lumière, ils apparaissaient avariés, avec le goût du sang dans la bouche écorchée par les dents. ils avaient envie de rire très près les uns des autres, assez près pour pouvoir en sentir les vibrations, assez près pour qu'ils puissent entendre leur coeur battre. à peu près.
dans le journal de leur vie, il n'y avait rien de comparable à l'émoi dans chaque gorgée, chaque mot, dans les couleurs, dans l'eau, dans la poitrine, ailleurs, à l'intérieur, dans chaque difficulté de la pensée, dans les yeux, la lumière, dans tout en fait, dans l'urine, dans les lèvres, dans le coeur, dans la folie, dans l'imagination, dans les maladies, derrière les fenêtres, sous le lit, dans les mains.
sans or autour des poignets, sans argent non plus, la question était de trouver asile afin de perpétuer les richesses de la nuit, d'étouffer la peur de la césure: la fin de la route était toujours une grande source d'angoisse pour les gibiers de la chimie. & alchimie il y avait. ils prirent le chemin le plus long vers la maison sans jamais se séparer. les envies d'exclamation qui défonce les murs de la maison étaient parties, laissant las les intouchables d'une caste un peu trop palpée. les filles portaient leurs cheveux en écharpe, empreinte du froid sur les corps mal acclimatés. aucun ne pensait à l'avenir, pas même au lendemain. ces touts petits lendemains.
ils ne parlaient plus, regardaient les flocons s'arrondir, des écumes divines alourdies. la neige rappelait la salive épaisse et blanche qui se languissait dans leur gorge. & le venin dans les veines. ils se seraient embrassés mais les étreintes ne portaient en elles aucun fruit. nourritures terrestres qu'ils étaient. les lèvres avaient dérougi et les machoires se déliaient.
elles étaient modernes les mélodies qui les portaient, les transportaient, déchirés et déchéris. certains les décortiquaient jusqu'au noyau. les autres se contentaient de les manger. les perfides.
au lever du soleil, ils avaient oublié la logique & la faim et chacun s'avortait du troupeau avec pour seul but le bain du matin.
Thursday, November 25, 2010
cheptel.
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